Je lis un prix au centre : le taux réel américain, rendement d'une obligation protégée contre l'inflation (TIPS), c'est-à-dire le coût de l'argent hors hausse des prix. Il atteint 2,87 %, au plus haut depuis 2008, et a pris 1,09 pt en un an, exactement comme le 10 ans nominal (+1,09 pt). C'est cette égalité, pas une corrélation, qui montre que toute la hausse vient du taux réel : l'inflation attendue, différence entre les deux, n'a pas bougé malgré un Brent à 104,72 $. Le 2 ans monte un peu plus (+1,17 pt) et les futures intègrent 62,5 pb de hausses d'ici avril 2027 : le marché croit la Fed. La pente 2-10 ans, stable à 0,44 pt, n'exclut pas une prime de terme (le supplément exigé pour prêter long) élevée, mais n'en montre aucune hausse.
Ce régime a supprimé la diversification au jour le jour. Le S&P 500 baisse quand le 10 ans monte (−0,46, centile 1 depuis 2000, contre +0,28 d'habitude), et l'ETF d'obligations longues TLT ne le couvre plus (+0,37, centile 98). L'euro baisse désormais avec la dette française (−0,28 contre −0,06 d'habitude), et le bitcoin réagit au taux réel comme presque jamais (−0,26, centile 2). Les tendances, elles, divergent encore : sur un mois, le taux réel a pris 0,44 pt pendant que le S&P 500 battait un record et que le bitcoin gagnait 8,3 %. Le danger n'est pas une dérive commune, c'est un choc commun.
Ce choc a une date. Mercredi, l'inflation de septembre est attendue à 0,6 % sur un mois, mais à 0,2 % hors énergie et alimentation. À 0,3 % ou plus, l'inflation attendue cesserait de servir d'ancre et monterait avec le taux réel : actions, obligations, crédit fragile et bitcoin prendraient le même coup le même jour, alors que la volatilité à six mois se vend au centile 2 de l'année. Seuls le pétrole (+0,57 avec le 10 ans nominal) et, par l'écart de taux habituel, le dollar montent avec les taux.
Deux résultats nuancent la lecture. Pour les actions, le seuil nominal compte plus que le taux réel : un 10 ans au-dessus de 5 % a précédé une médiane de −3,37 % à 91 jours contre +3,08 % d'habitude, sur 10 entrées et peu de régimes. Pour les obligations, un taux réel extrême a plutôt annoncé un rebond à six mois, sur 9 épisodes seulement. L'or réagit au 10 ans comme toujours (−0,19, centile 51) : c'est le bitcoin qui a changé.
L'angle mortLe déport du pétrole (les livraisons lointaines coûtent moins cher que l'immédiat, ici 19 % sur un an) dit que la rareté se paie maintenant, pas qu'elle disparaîtra. Sans réserve stratégique (au plus bas depuis 1982, 282,98 M barils), avec des gérants à peine acheteurs (1,46 % de l'intérêt ouvert) et des stocks de gazole au centile 5,6, un incident dans le Golfe comme l'attaque de Riyadh ramènerait le Brent vers sa moyenne de septembre (116,8 $) sans spéculateurs à purger. Ce serait une relance de l'inflation juste après une hausse de la Fed, et l'Europe y ajouterait un hiver gazier sans prime, avec des stocks à 65,5 % contre 77,2 % en moyenne.
Ce qui ferait tomber cette lectureSi la corrélation entre obligations longues et S&P 500 repasse sous 0, la diversification serait revenue et ma lecture tomberait. Une inflation attendue qui se met à monter, ou une pente 2-10 ans au-dessus de 0,8 pt, la nuancerait aussi : la hausse ne passerait plus par le seul taux réel.