117 % du PIB, déficit primaire chronique, fragmentation politique, choc IA sur un système éducatif déjà en crise, gouffre des retraites. Le modèle économique français basé sur la dette publique a franchi sa limite mathématique. Reste “quand”, pas “si”, le déclencheur du freinage d’urgence.
3 484 Md€ Dette publique FR T3 2025 · soit 117,4 % PIB Insee · Eurostat
66,6 Md€ Charge intérêts 2025 ≈ budget Éducation nationale · 2,2 % PIB Eurostat · EDP
-3,3 % Solde primaire 2025 déficit hors intérêts · % PIB Insee
52 % Dette détenue non-rés. la plus exposée des G7 Banque de France
La théorie selon laquelle “la dette n’est pas un problème car l’État est souverain” se heurte au mur de la réalité comptable. La France a franchi sa limite de solvabilité soutenable.
Le niveau de la dette (T3 2025) : la dette publique française a explosé pour atteindre plus de 3 484 milliards d’euros, ce qui représente 117,4 % du PIBInseeEurostat. Le pays fait désormais partie des “cancres” de la zone euro, loin devant l’Allemagne (63 %).
Insee · Eurostat · trimestriel
Évolution de la dette publique brute en milliards d’euros. ×2,1 depuis 2010 (1 632 Md€ → 3 484 Md€). L’accélération post-Covid 2020 marque une rupture : la dette progresse 2× plus vite que la croissance nominale du PIB.
×2,1 croissance de la dette publique FR entre 2010 et 2025 · 1 632 Md€ → 3 484 Md€
Le déficit hors de contrôle : le déficit public reste ancré autour de 5 % du PIB (−5,1 % en 2025, après −5,8 % en 2024)Eurostat B9, rendant toute réduction de la dette mathématiquement impossible. La France est en “effet boule de neige” : la dette croît mécaniquement plus vite que la richesse produite (la croissance stagnante peinant à dépasser les 1 %)BdF.
L’hémorragie de la charge de la dette : avec la remontée et le maintien des taux d’intérêt, le simple paiement des intérêts a atteint 66,6 Md€ en 2025 — soit +123 % depuis 2020 (≈ 30 Md€). C’est de l’argent totalement improductif, désormais au niveau du budget de l’Éducation nationaleEurostat EDP.
La nuance qui manque au discours « France en faillite ». On agrège parfois la dette Maastricht (≈ 3 484 Md€, exigible) et des engagements hors-bilan — retraites futures des fonctionnaires, garanties — pour annoncer « 7 000-7 500 Md€ de dette » et un « actif net négatif ». C’est un raccourci : les engagements de retraite sont des flux futurs actualisés, pas une dette remboursable à un instant t. La fragilité est réelle ; la « faillite comptable » est un abus de langage.
L’Agence France Trésor (AFT) prévoit un programme d’émission de ~285 Md€ en 2026, montant recordAFT. La maturité moyenne de la dette française est de ~8 ans, donc environ 12 % de l’encours est refinancé chaque année.
Le piège mathématique : la dette émise à 0-1 % pendant le Covid (2020-2021) arrive maintenant à maturité et doit être refinancée à 3-3,5 %. Le taux moyen apparent de la dette française était de 1,4 % fin 2021 ; il converge mécaniquement vers 3,0-3,3 % d’ici 2030 même si la BCE ne touche pas à ses taux.
L’économie réelle n’est plus en mesure de générer les ressources nécessaires pour rembourser cette dette, en raison d’une conjonction de crises structurelles qui se renforcent mutuellement.
L’effet ciseaux “IA / Éducation” : historiquement, un niveau d’éducation élevé permettait de s’adapter aux chocs technologiquesOCDE 2024. Aujourd’hui, le système éducatif français s’effondre au moment précis où l’Intelligence Artificielle générative percute le marché du travail. Une part grandissante de la jeunesse, faute de formation adéquate, devient moins productive qu’une IA dont le coût est dérisoireTIMSS 2023.
Conséquence : le chômage structurel des jeunes s’enracine, asséchant les recettes fiscales et faisant exploser les coûts sociaux. La France a l’un des taux de chômage des 15-24 ans les plus élevés du G7 — autour de 18 % contre 8 % en AllemagneInsee chômage.
FRED · LRHUADTTFRM156S · mensuel
Taux de chômage des 15-24 ans en France depuis 2000. Oscille entre 17 et 25 % selon le cycle. Trois fois le taux allemand. Le chômage structurel ne baisse plus depuis 1990 — c’est la signature d’un système éducatif qui ne prépare plus au marché du travail moderne.
Cour des comptes · AFT
Charge d’intérêts réelle (Eurostat EDP, D41PAY) : 30 Md€ en 2020, 66,6 Md€ en 2025. La remontée est mécaniquement amplifiée par le mur de refinancement et dépassera 70 Md€ vers 2028-2030 si les taux 10Y se maintiennent.
La vague de défaillances : le tissu productif lui-même cède. Après l’anesthésie des PGE (2020-2021), les défaillances d’entreprises ont rebondi jusqu’à — sur douze mois glissants (dernière parution) — soit — au-dessus de la moyenne 2010-2019, et le point le plus haut de toute la série depuis 1991, au-dessus des pics de 1993 et de 2009BdF.
Banque de France · Stat Info · mensuel, live
Série mensuelle complète depuis décembre 1991. Le creux 2020-2021 (27 222 en octobre 2021, plus bas absolu) est un artefact des aides Covid — PGE, reports de charges, tribunaux au ralenti — pas une santé retrouvée. Le rebond porte aujourd’hui les défaillances au-dessus des records de 1993 et 2009, ce que les deux crises précédentes n’avaient jamais fait en période de croissance nominale positive.
Mais le chiffre agrégé masque l’essentiel. La ventilation de la Banque de France par secteur et par taille montre que la vague n’est pas uniforme : rapportées à la moyenne 2010-2019, les défaillances sont stables dans l’industrie et la construction, et explosent dans les transports, les services aux entreprises et l’hébergement- restauration. Le fait vraiment nouveau est ailleurs : les ETI et grandes entreprises sont passées de — défaillances par an en moyenne dans les années 2010 à — aujourd’hui, soit — — le segment qui porte l’emploi qualifié et l’export.
Banque de France · Stat Info · tableau A, live
Chaque barre compare le cumul 12 mois actuel à la moyenne de la décennie 2010-2019 du même secteur. Lecture contre-intuitive et importante : l’industrie et la construction ne sont pas au-dessus de leur norme décennale — la surchauffe est dans les services, les transports et l’agriculture. La « vague de défaillances » française est d’abord une vague de services.
Banque de France · Stat Info · tableau B, live
La coupure est nette entre les microentreprises, ~15 % au-dessus de leur norme décennale, et toutes les autres tailles, entre +59 % et +103 %. Les ETI-GE sont au sommet. En volume les microentreprises écrasent tout — mais une ETI qui tombe emporte des centaines d’emplois et un carnet de sous-traitance entier. C’est le signal de propagation, pas le signal de volume.
L’érosion de fond : les défaillances ne sont que la partie visible. En arrière-plan, la part de l’industrie manufacturière dans la valeur ajoutée française est passée de — en 1975 à — aujourd’hui — la plus faible des grandes économies européennes, contre — en Allemagne. Ce n’est pas un effet d’optique lié à la croissance des services : en volume, la production manufacturière française reste — sous son pic de février 2008, dix-huit ans plus tard.
Eurostat · nama_10_a10 · annuel, live
Cinquante ans de désindustrialisation, en une courbe. Dès le début des séries comparables, en 1991, la France est déjà 9,5 points sous l’Allemagne — et l’écart ne s’est jamais refermé depuis (8,3 points aujourd’hui). Elle a divisé sa base manufacturière par deux quand l’Allemagne conservait la sienne près de 20 %. C’est la variable qui commande à la fois le déficit commercial, la faiblesse des gains de productivité et l’étroitesse de l’assiette fiscale privée.
Eurostat · sts_inpr_m · mensuel, live
Chaque pays est comparé à son propre niveau de 2021, en moyenne glissante sur douze mois pour neutraliser le trou Covid de 2020. Nuance nécessaire : le décrochage industriel n’est pas une exclusivité française — l’Italie et l’Allemagne sont aujourd’hui plus bas sous leurs pics respectifs que la France sous le sien. La spécificité française n’est pas l’effondrement du volume, c’est que ce volume stagnant ne pèse plus que 11 % de la valeur ajoutée : l’industrie n’a pas été détruite, elle a été distancée.
Eurostat · lfsq_egan2 · trimestriel, live
— depuis le premier trimestre 2008. Le point important pour la rigueur du diagnostic : l’hémorragie s’est arrêtée au deuxième trimestre 2021 (2 999 000 emplois, point bas de la série) et l’emploi manufacturier a regagné environ 224 000 postes depuis. La reprise est réelle. Mais rapporté au pic de la série (3 807 000 emplois au troisième trimestre 2008), le stock perdu n’est reconquis qu’au quart — et c’est ce stock qui constituait la base de sous-traitance industrielle des territoires.
Le résultat comptable de cette érosion se lit dans la balance commerciale. Excédentaire en 2002, elle affiche — en 2025. Le poste le plus révélateur n’est pas l’énergie — volatile, et largement refermée depuis le choc de 2022 — mais les machines et matériel de transport : automobile, biens d’équipement, aéronautique hors Airbus. Ce poste est passé de — d’excédent en 2002 à — aujourd’hui. L’excédent agroalimentaire, lui, a quasiment disparu.
Eurostat · ext_lt_intertrd · annuel, live
Décomposition du solde des échanges de biens avec le monde. Le pic de déficit 2022 est un choc énergétique, transitoire. La dégradation structurelle est ailleurs : la ligne « machines et matériel de transport » bascule de l’excédent au déficit au milieu des années 2000 et ne remonte jamais. Seule la chimie-pharmacie tient encore un excédent significatif.
Activité à l’arrêt. Dernière variation trimestrielle du PIB en volume : — (dernier trimestre publié, Insee via FRED). La croissance ne génère plus les recettes nécessaires au désendettement.
Le gouffre des retraites : la pyramide des âges rend le système par répartition de plus en plus coûteux pour un nombre d’actifs qui stagne. La Sécurité Sociale cumule ~195 Md€ de dette ACOSS en 2025, comblés là encore par de la dette à court termeURSSAF. La réforme des retraites 2023 a légèrement reculé l’échéance — pas résolu le problèmeCOR.
La France est ingouvernable sur le plan de la réduction des dépenses publiques.
La fracture politique : la fragmentation de la société et l’absence de majorité politique claire empêchent toute réforme structurelle d’ampleur. Depuis 2022 et surtout après la dissolution de 2024, le parlement est divisé en trois blocs équivalents — situation inédite sous la Ve RépubliqueAN.
| Année | Évènement | Stabilité |
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La trajectoire de l’instabilité politique française. Passage en moins de 10 ans d’une majorité absolue solide à un parlement tri-bloc ingouvernable. Aucun gouvernement n’a la légitimité parlementaire pour des coupes budgétaires profondes.
La France a structurellement plus de dépense publique que ses voisins : 57 % du PIB en 2024, contre 50 % en Allemagne, 48 % au Royaume-UniOCDE. Ce niveau record est le résultat d’un modèle social construit pendant les Trente Glorieuses, financé alors par une démographie favorable et une croissance forte. Aujourd’hui, ni l’un ni l’autre n’est présent.
Tous les gouvernements depuis 1981 ont promis “des économies sans toucher au modèle”. Aucun n’y est arrivé. Les rares tentatives sérieuses (Juppé 1995, Sarkozy 2007, Macron 2018) ont déclenché des crises sociales majeures qui ont fait reculer politiquement les exécutifs. La société française a un consensus historique sur le maintien du modèle social — qui devient incompatible avec la contrainte budgétaire actuelle.
La France est pieds et poings liés face au reste du monde, ce qui invalide totalement l’argument d’une dette souveraine “indolore” qu’elle pourrait monétiser à volonté. Trois dépendances majeures la fragilisent.
Le piège énergétique : la France n’a pas de ressources fossiles. Son solde commercial est plombé par une facture énergétique colossaleDouanes. Bien que le parc nucléaire soit un atout majeur, il est vieillissant et nécessite un “grand carénage” chiffré en dizaines de milliards d’eurosEDF. Au moindre choc sur les prix du pétrole ou du gaz, l’inflation importée flambera de nouveau.
La dépendance aux créanciers étrangers : contrairement au Japon (qui détient ~90 % de sa dette en interne), plus de 52 % de la dette française est détenue par des non-résidentsBdF détention. La France dépend donc de la confiance des marchés mondiaux. Si ces investisseurs paniquent, les taux s’envolent — comme on l’a vu lors du mini-krach Truss-Kwarteng en UK en 2022BoE 2022.
Le spread vs Allemagne : l’écart de rendement obligataire entre la France et l’Allemagne, traditionnel indicateur du risque souverain français relatif, a bondi à ~80 points de base mi-2024 lors de la dissolution — un niveau plus vu depuis la crise des dettes souveraines de 2012 — et reste durablement élevé autour de ~70 pb. Le marché price un risque France spécifique. On est toutefois très loin d’une dynamique « à la grecque » (spreads > 1 000 pb en 2011-2012) : la France emprunte encore à ~3,7 %, pas à 38 %.
FRED · IRLTLT01FRM156N · mensuel
Cours mensuel du taux à 10 ans français (FRED). De 5 % en 2000 à 0 % en 2020 (QE BCE), puis remontée brutale post-2022 vers 3,5 %. La dissolution juin 2024 a marqué un pic atypique vs Allemagne. Le coût du refinancement futur est inscrit dans cette courbe.
FRED · OAT 10Y − Bund 10Y · mensuel
Écart de rendement à 10 ans France−Allemagne, en points de base. Longtemps proche de 30-40 pb, il a bondi vers ~80 pb à la dissolution de juin 2024 et reste durablement élevé. C’est l’indicateur de risque souverain le plus suivi — mais il reste deux ordres de grandeur sous les niveaux grecs de 2011-2012.
FRED · ECBDFR / ECBMRRFR · quotidien
Contrairement à l’idée d’une BCE qui « remonterait ses taux à 2,40 % », la trajectoire réelle est une détente depuis 2024 : le taux de dépôt (taux directeur opérationnel) est redescendu de 4,00 % à 2,00 %, le refi à 2,15 %. La contrainte sur la France ne vient pas d’une BCE restrictive, mais du spread et du mur de refinancement.
| Agence | Date | Action | Perspective |
|---|---|---|---|
| S&P Global | Mai 2024 | AA → AA- | Stable |
| Fitch Ratings | Avril 2024 | AA- maintenu | Négative |
| Moody’s | Décembre 2024 | Aa2 → Aa3 | Stable |
| S&P Global | Février 2025 | AA- → A+ | Stable |
La France a glissé de AA à A+ en moins d’un an chez S&P. Une nouvelle dégradation ferait passer la France sous le niveau de l’Espagne et près du Portugal. Signal psychologique majeur pour les investisseurs institutionnels (certains fonds de pension ont des contraintes statutaires de notation minimum).
Les trois grandes agences de notation ont toutes dégradé la France en 2024 :
Une nouvelle dégradation ferait passer la France sous le niveau de l’Espagne et près du Portugal. Ce serait un signal psychologique majeur pour les investisseurs institutionnels — certains fonds de pension ont des contraintes statutaires de notation minimum.
La thèse n’est pas que la France va imploser demain. Elle est que le système a perdu toute sa résilience. Le chronomètre est fixé à 3 ou 5 ans maximum parce que les marges de manœuvre ont disparu.
La fin des politiques contracycliques. L’État n’a plus aucune marge de manœuvre budgétaire. Si une crise survient demain — guerre, nouvelle pandémie, krach financier mondial — il sera incapable de financer un nouveau “quoi qu’il en coûte”AFT. La récession frappera directement l’économie réelle sans bouclier. C’est la fin d’un cycle de 40 ans où l’État a systématiquement amorti les chocs par la dette.
Le mur de refinancement (le “Rolling”). Dans les 3 à 5 prochaines années, l’État devra refinancer la dette massive contractée à taux zéro pendant le Covid. Il devra le faire aux taux actuels (beaucoup plus élevés). Le programme AFT 2026 est de ~285 Md€.
Agence France Trésor · programme officiel
Programme annuel d’émission de la dette française à moyen-long terme par l’AFT. Hausse continue : 200 Md€ en 2019 → 305 Md€ projetés en 2026. Le mur de refinancement post-Covid pèsera pendant 5 ans. Sur les 285 Md€ de 2026, environ 160 Md€ remplacent de la dette arrivant à échéance, le reste finance le déficit courant.
Le scénario du choc externe. Dans un monde instable, un aléa climatique majeur, un choc géopolitique ou une crise bancaire est statistiquement inévitable d’ici 2030IMF GFSR. Ce choc agira comme l’étincelle sur un baril de poudre. Les agences de notation dégraderont massivement la France, les taux bondiront, et l’État, incapable de boucler son budget, sera contraint de se tourner vers la BCE ou le FMI en échange d’une purge sociale violente.
À déficit primaire −3,3 % du PIB, taux apparent 2,0 % et croissance nominale +2,5 %, la dette française stabilise mécaniquement au-dessus de 130 % du PIB d’ici 2031. Ce scénario suppose aucune crise externe. Avec un choc, le mur est plus proche.
Les crises souveraines occidentales récentes ont toutes suivi un pattern similaire :
Dans tous les cas, le déclencheur fut externe et imprévu. Et dans tous les cas, le pays a perdu en quelques semaines sa souveraineté budgétaire. La France, avec 52 % de dette détenue à l’extérieur, est plus exposée que l’Italie ne l’était en 2011.
La France est paradoxale : trop forte et trop faible à la fois. Elle prélève 45,6 % du PIB — record OCDE avec le Danemark. Et pourtant, école, hôpital, justice, sécurité, logement se dégradent. Le paradoxe se loge ici : un État qui coûte sans livrer.
Sur l’électricité, en revanche, la France dispose d’un atout structurel rare : 95,2 % de production bas-carbone en 2025 (nucléaire + hydraulique + éolien + solaire), record OCDE. C’est l’avantage industriel le plus sous-exploité de l’économie française — si la réindustrialisation se faisait, elle se ferait iciRTE.
OCDE Revenue Statistics · Eurobaromètre 2024
Le Danemark prélève autant que la France (44 %) mais 71 % des Danois se déclarent satisfaits des services publics — contre 32 % des Français. Le problème français n’est pas le niveau de prélèvement, c’est l’efficacité du retour.
« Un État peut être gros sans être puissant. La vraie puissance publique n’est pas le niveau de dépense — c’est la capacité à obtenir des résultats. Former, soigner, protéger, produire, décider vite, investir sur trente ans. » — Reformulation contemporaine de Pierre Rosanvallon
Le débat français rend la réforme structurellement impossible. Les Français demandent simultanément moins d’impôts (78 %), plus de services publics (81 %), moins de dette (67 %) et plus de pouvoir d’achat (88 %). Mathématiquement, ce trapèze est insolubleCevipofIpsos. Chaque camp politique promet de résoudre l’équation. Aucun ne peut tenir.
Surprise : la France, premier pays agricole d’Europe, importe massivement ce qu’elle consomme. Et le climat se charge d’aggraver la fragilité — sécheresses records, nappes phréatiques sous pression, effondrement des insectes pollinisateurs.
La France importe 60 % de ses fruits frais, 45 % de ses légumes, 80 % de ses poissons et 98 % du soja qui nourrit le bétail. Sur les engrais azotés, 70 % proviennent d’usines en Russie, Algérie ou MarocFranceAgriMer. La balance reste positive grâce au vin, aux céréales et aux produits laitiers — mais sur les produits frais quotidiens, la France n’est pas souveraineMin. Agriculture.
Propluvia · ministère Transition Écologique 2015-2024
6 300 communes sous restriction en 2015, 13 800 en 2022 (canicule historique). Le seuil franchi correspond à 40 % des communes françaises. Les nappes phréatiques de plusieurs bassins (Beauce, Aquitaine, Roussillon) ne se rechargent plus suffisamment l’hiver.
Plus profond encore : l’effondrement du vivant. L’étude allemande Krefeld (suivi 1989-2016) a mesuré une chute de 76 % de la biomasse d’insectes volants en Europe. Les pollinisateurs disparaissent, les sols perdent leur fertilité naturelle, les rendements agricoles deviennent plus dépendants de la chimieHallmann 2017. C’est une fragilité plus longue à reconstruire qu’à perdre.
Le biologiste Olivier Hamant (INRAE) propose une lecture éclairante : nos systèmes économiques optimisent l’efficacité (flux tendus, production juste-à-temps, marges minimales) au prix de la robustesse (stocks, redondances, lenteur). Une économie efficace casse au premier choc. Une économie robuste absorbe les chocs. La France a poussé l’efficacité trop loin pour rester antifragileHamant.
La perspective collapsologique (Pablo Servigne, Institut Momentum) systématise cette intuition : le découplage entre la dépendance physique de nos sociétés (énergie, eau, nourriture, métaux) et la fragilité de la base écosystémique dessine un risque d’effondrement au sens technique du terme — perte de capacité à fournir les besoins de base à la populationInstitut Momentum.
Le diagnostic des sections 1-6 est sombre. Il serait malhonnête d’arrêter là. La France conserve des atouts structurels que la plupart des pays développés lui envient. Le pari de l’antifragilité, c’est de mobiliser ces atouts avant qu’ils ne se consomment.
| Secteur | Valeur | Type | Commentaire |
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97 Md€ de luxe (LVMH-Hermès-Kering, 1er secteur export FR), 75 Md€ d’aéronautique (Airbus), 81 Md€ d’agroalimentaire, 50 Md€ de défense (Dassault-Naval-MBDA), 67 Md€ de tourisme, 5 500 Md€ d’épargne financière nette des ménages. La France n’est pas démunie — elle est mal mobilisée.
L’épargne française est l’un des stocks les plus impressionnants du monde développé : 5 500 milliards d’euros de patrimoine financier net, principalement en assurance-vie et livrets réglementésBdF. Cette épargne ne finance pas aujourd’hui la réindustrialisation française — elle finance essentiellement de la dette publique européenne et américaine. Réorienter ne serait-ce que 10 % de ce stock vers le capital productif national représenterait 550 Md€ — l’équivalent de deux plans Marshall.
Sur la défense, la France est le 3e exportateur mondial d’armes (50 Md€/an) avec Dassault, Naval Group, MBDA, NexterMin. Armées. Sur le luxe, LVMH+Hermès+Kering pèsent 15 % du CAC 40 et dominent leur catégorie mondialement. Sur l’aéronautique, Airbus est aux portes de devenir le n°1 avion civil mondialGIFAS. Sur le tourisme, la France reste le 1er pays touristique mondial. Tous ces secteurs ne sont pas en déclin — ils continuent de croître à l’international.
La trajectoire française n’est ni déterministe ni unique. Cinq scénarios contrastés émergent de la synthèse des analystes (Cour des comptes, IFRAP, OFCE, Asterès). Probabilités estimées — à utiliser comme ordre de grandeur, pas comme vérité absolue.
| Scénario | Probabilité | Horizon | Trajectoire |
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Le scénario central reste le déclin mou (45 % de probabilité) — extrapolation de la trajectoire 2020-2025. La crise de dette (20 %) reste le scénario de risque queue gauche à surveiller en priorité. Le redressement par souveraineté productive (5 %) suppose un consensus politique long terme que la France n’a plus depuis 2017.
Insee Bilan démographique 2025
Croisement historique en 2025 : 645 000 naissances vs 651 000 décès — premier solde naturel négatif depuis 1945. Sur les 80 dernières années, ce basculement n’avait été observé que pendant la guerre. C’est l’indicateur le plus solide d’un changement de régime démographique.
Le sociologue Jérôme Fourquet (Ifop) parle d’archipélisation de la France — la perte d’un socle commun de valeurs, de pratiques et de références au profit d’îlots culturels étanchesFourquet. La métropole bourgeoise ne partage plus de référents avec la périphérie populaire. La France musulmane, la France pavillonnaire, la France des classes créatives, la France paysanne vivent des vies parallèles. Cette fragmentation rend les politiques publiques uniformes structurellement inefficaces — chaque îlot demande un traitement spécifique.
Aucune marge contracyclique. Si une crise survient, l’État ne pourra plus la financer par la dette. La sortie sera forcée — soit par les marchés (taux), soit par la BCE (conditionnalité), soit par le FMI (purge).
Le risque de répression financière augmente — taxation de l’épargne, plafonnement des rendements, mobilisation de l’épargne réglementée. La diversification géographique (hors France/zone euro) devient une couverture rationnelle.
Le spread France-Allemagne est un indicateur à suivre quotidiennement. Au-delà de 100 pb, le risque devient pricé. Les obligations française senior et les actions des secteurs dépendants de l’État (santé, défense, banques) sont les plus exposées.